21 janvier 1846

« 21 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 67-68], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4610, page consultée le 07 mai 2026.

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Cher bien-aimé, j’ai été si souffrante toute la matinée et à présent encore que je n’ai pas pu t’écrire. J’ai des douleurs d’entrailles que je ne sais à quoi attribuer. Je suis pourtant allée à ce bout de l’an nonobstant mon mal. Seulement j’ai traîné jusqu’à présent à faire mes affaires et à t’écrire. Du reste, cher adoré, tu as joliment bien fait de m’avertir de ne pas me fier à l’heure indiquée. Je suis allée à midi et revenue à [illis.]. En rentrant chez moi la cuisinière de [M. Burgot ?] m’a remerciée au nom de sa maîtresse avec une sorte d’effusion qui prouverait que ma démarche a fait plaisir. Je suis très contente que ça soit fait car toutes ces choses-là m’effarouchent toujours beaucoup.
J’espérais te trouver à la maison en rentrant, mon cher petit bien-aimé. J’avais fait ton eau1 avant de partir pour n’être pas en retard. Ma précaution n’a servi à rien. Probablement il y a Chambre aujourd’hui et je ne te verrai qu’après la séance. Pourvu que tu viennes encore. Tâche de venir, mon Toto chéri, car j’ai bien besoin de te voir, je sens que je serai triste et malheureuse jusqu’à ce que tu sois venu. Tu sais que je n’ai pas gagné à la loterie mais il me reste deux bons billets et j’amènerai ROBERT. ATTRAPÉ. Part à moi seule, tu n’en auras pas, Nicolas2. Si tu veux être copié, il faudra me donner une culotte toute neuve et bien conditionnée en échange sinon NON. Je n’ai pas revu cette dame d’avant-hier. Elle paraissait pourtant bien pressée. Comme elle voudra. Ce sera une corvée de moins pour toi. Je suis bien souffrante et bien blaireuse mon Toto et je m’en aperçois à la recrudescence de stupidité qui s’empare de moi. Peut être ferai-je bien de laisser passer toutes ces coliques et de ne t’écrire qu’après, mais j’aime mieux t’écrire à présent pour tromper mon mal et mon impatience. J’ai plus pitié de moi que de toi. Comme tu vois, je pratique avec naïveté la maxime de : charité bien ordonnéecommence par soi-même. D’ailleurs la différence d’un peu plus ou un peu moins de stupidité n’est pas assez importante pour que tu songes à le remarquer. Je te baise autant de fois qu’il y a de secondes jusqu’au moment où je te verrai.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo avait des problèmes ophtalmologiques et venait souvent baigner ses yeux chez Juliette.

2 Citation à élucider.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.